Sadivayil : du bio et des bijoux pour une renaissance

Pour sortir un village entier de la pauvreté, existe-t-il une formule magique ? Malheureusement, non. En revanche, pour l’aider à faire face, trouver des solutions pertinentes et durables, on peut mettre en place, simultanément, plusieurs programmes ciblés. C’est le pari d’Amrita SeRVE, initiative lancée en 2013 par l’ONG indienne Embracing the World. À travers le pays, une centaine de villages ont été « adoptés » et reçoivent une aide multi-facette, avec le but de les amener à la prospérité et à l’autonomie.


Tout est parti d’un constat : les villes indiennes grouillent de population car les villages, qui produisent pourtant la nourriture de ces villes, n’ont plus les moyens d’offrir des conditions de vie décentes à leurs habitants. Accès à l’eau potable insuffisant, infrastructures électriques défaillantes, illettrisme, manque de soins médicaux, agriculture dont les rendements chutent… Le diagnostic était dramatique. À l’heure où l’ONU, avec les objectifs du Millénaire, a décrété comme priorité l’éradication de la pauvreté, la situation ne pouvait plus durer.

Embracing the World a développé en trois décennies une compétence solide dans les domaines de l’éducation, la santé, la distribution alimentaire, l’écologie… Sa force est de s’appuyer sur des laboratoires de recherche pointus, au sein de l’Amrita University, pour créer des réponses adaptées aux réalités singulières de terrain.

Mobiliser les hommes pour assurer la sécurité alimentaire

J’avais déjà beaucoup lu sur les actions menées mais j’avais envie de plus : voir de mes yeux ce qui se passe dans ces villages, rencontrer les bénéficiaires, écouter les résultats qu’ils ont obtenus en participant. C’est ainsi que j’ai pris la route vers le Tamil Nadu, pour découvrir le bourg de Sadivayil, à une soixante de kilomètres de la cité de Coimbatore.

Dans la voiture, le coordinateur local, Sreeni, me dresse un tableau de la situation à son arrivée : agriculture en faillite, pas d’autre source de revenus pour les habitants, une alimentation qui se raréfie, un taux d’échec scolaire catastrophique, l’alcool qui fait des ravages, la violence qui s’insinue dans toutes les relations.

Il commence, au début, par discuter avec les villageois, il veut comprendre ce qu’ils vivent, quel est leur état d’esprit. Assez vite, il leur propose de cultiver du riz bio. La proposition suscite un rejet frontal. Il fait preuve de pédagogie, explique, désamorce les peurs, et petit à petit, il réussit à les convaincre. Les villageois réunissent ensemble l’argent pour faire les achats nécessaires et apprennent les étapes de la culture biologique (épaulés par étudiants et professeurs de l’université Amrita, qui a un campus à proximité). Très surpris, ils voient ensuite surgir une récolte supérieure à leur espérance, qu’ils sont capables de vendre à un bon prix. La suite ? Cette année, pour augmenter encore les rendements, l’accent sera mis sur la construction d’un système d’irrigation. Dans les yeux des hommes, je le vois au moment où je descends de la voiture, alors qu’un petit groupe vient nous accueillir, il y a désormais de la fierté, et parfois une étincelle de joie.

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